Dolce Vita  

Dounounours007 52M
112 posts
6/1/2006 1:44 pm

Last Read:
11/13/2007 8:09 am

Dolce Vita

La vie vous réserve parfois quelques virages serrés [existe aussi en version "coup de couteau dans le dos au boulot", avec de vrais morceaux d'enfoirés foireux à l'intérieur]. Mais on s'en fout. Si la vie n'est pas un long fleuve tranquille, allons voir si le bonheur est dans le pré. Un peu de légèreté dans ce monde de brutes. Rien de tel que quelques kilomètres de vent doux sur les petites routes pour se mettre un peu de dolce vita dans la tête.

Mon Fellini Roma à moi, ma petite musique façon Nino Rota, mon Caro Diario façon Nanni Moretti, mes recoins de Fontana di Trevi, de Piazza Navona, de Collosseo, de dolce vita à moi, c'est ma Vespa.

Flashback. Août 2005, petit village perché dans les Alpes de Haute-Provence, quelque part entre les grillons de Gréoux-les-Bains et ceux de Moustier-Ste-Marie, en farniente total chez mon pote de toujours.

Toute l'année, je consacre une énergie pas toujours si renouvelable à remplir d'insatiables nouvelles pages blanches. Les joies du métier, dit créatif. Quand arrivent quelques jours de vacances, le luxe ultime, le luxe absolu pour moi est de pouvoir enfin ne penser strictement à rien, les neurones en jachère, position légume. Enfin, disons à rien de plus transcendantal que "Piscine ou transat ?"; "Sieste à l'ombre ou au soleil ?"; "Apéro tout de suite ou dans une demi-heure ?"; "Barbecue ou aïoli?"; "On regarde les étoiles de la terrasse du haut ou de celle du bas ?"

Dans cette panoplie de grandes questions parfaitement huilées, protection 25 contre les angoisses existentielles majeures de notre siècle, une question - presque incongrue - a pourtant réussi à subrepticement se glisser, comme ça sans prévenir: "Demain, on se fait une journée à moto. Tu nous accompagnes ?" "Hein… Qu'es aco ?"

Et voilà, on se croit bien planqué au fond d'un pastaga, se glissant dans l'ombre de l'olivier ou peaufinant la cuisson, dans un mimétisme parfait avec le dallage de la piscine, à l'abri de toute idée abracadabrantesque. Ben non. Hé jobastre, tu m'escagasse avé tes questions! Oh pauvre, mon pote a pris le soleil sur la chichourle, il est devenu complètement fada !

Pour retrouver la trace de mon unique expérience à moto, il faut remonter au siècle dernier, pour ne pas dire à l'ancien millénaire. Du côté du noir et blanc, par là. Après quelques fouilles archéologiques dans les méandres poussiéreux de ma mémoire, je dirais que je devais avoir 16 ans. Sur une 50 cc, je crois. Etrangement, j'avais assez rapidement intégré embrayage, vitesses et point mort. L'expérience ne m'avait pas déplu. Mais, pour mille et une raisons - notamment des parents pour le moins rétifs - j'en étais resté à cette essai aussi singulier que clandestin. Alors, venir me réveiller avec ça 24 ans plus tard, un jeudi de ce beau mois d'août en pleine heure de la sieste…

Une véritable révélation. 250 magnifiques kilomètres de liberté sur une bonne vielle Honda 125 CM à travers ce pays de Haute-Provence authentique, ses petites routes buissonières, baignées d'ombres et de lumière, ses parfums enivrants de lavandes, de thym, de romarin, d'eucalyptus, de bois ombragés, de grillades villageoises, ses collines, ses hauteurs, ses vallées. Parcours ponctué de quelques arrêts rafraîchissants, au gré de nos envies, d'une terrasse accueillante, avé l'accent. Que du bonheur. Probablement l'effet d'une prédisposition tapie depuis des années, mais je venais là d'être touché de plein fouet par le virus. Une balade qui a balayé mes plus grandes appréhensions de n'avoir jamais été motard jusque là.

A mon retour dans le Nord pas encore tout à fait embrumé, je n'ai nullement cherché de vaccin. Je ne savais pas encore quand, ni quoi, mais je savais que, quoi qu'il arrive, je m'achèterais un deux roues. Si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferais peut-être plus jamais. Un ami me disait un jour: "les motards se divisent en deux catégories, ceux qui sont déjà tombés et ceux à qui ça doit encore arriver…" Tout ce que je sais moi, c'est que j'étais tombé amoureux. Et puis, 17 ans de conduite en voiture, ça aide quand même un tout petit peu à anticiper les comportements automobistiques, principal danger du deux roues. Après avoir fait longuement le tour de la question et de mes fonds de tiroir, je me suis décidé. Devant ma future Vespa 250 gts, de battre mon cœur s'est arrêté. Achetée le 1er octobre, en plein été indien, j'en suis aujourd'hui à près de 6000 kilomètres. Je ne sais pas si ça fait de moi un "motard" pur et dur mais en tout cas ça fait de moi quelqu'un qui adore ça. Le froid ? La pluie ? Le vent ? Et alors ? Après ces dernières semaines de mai pourries, les vrais beaux jours sont devant nous.


Dounounours007 52M

12/7/2006 3:08 pm

Depuis 15 jours, j'appartiens à la triste catégorie de "ceux qui sont tombés". Je suis en vie. Je suis entier. Mais je n'en suis pas moins troublé.


ToujoursBlue 55F

12/31/2006 1:05 am

dernier post 2006, il sera pour toi
tombé?! relevé! la dure loi de Newton nous sommes tous des pommes ...
savais-tu qu'il y avait plus de 1000 variétés répertoriées...
alors qui es tu
après ta chutes tu as du ressembler a la Christkindel 'qui est bien d'époque

te voila donc un pomme à la chair croquante quelquefois veiné de rouge, accidulé légèrement parfumée, épideme épais avec une pruine bleuâtre.

à l'année prochaine doux ami

pom pom pom POM!

pour info c'est sur 1000pom PoInT free pOiNt fr

BlueKiss


ToujoursBlue 55F

12/31/2006 1:09 am

je n aitais pas revenue lire ce post depuis longtemps ( honte à moi ) mais je peux te dire que si tu as resentis ça dans les lacets provencaux à l 'automne naissant...

Dérouler le paysage
Laisser dernière soi les villes
Les quartiers encombrés
Les bruits de fureurs

Plonger dans les campagnes
Les blés ou les vignes
Comme une caresse à la Terre
Glisser sur ses vallons

Enrouler les routes et chemins
Les platanes pour haie d'honneur
Flotter dans cette splendeur
De sa grandeur sentir l'ampleur

L'été verdoyant et brûlant nous échappe
Voilà l'automne aux couleurs de feu
Aux vents rafraîchissant
Aux journées d'été indiens

Rouges flamboyants
Oranges lumineux
Marrons glacés
Jaunes ocres ou dorés

Odeurs enivrantes
Raisins prometteurs
Châtaigneraies reposantes
Baies ensorcelantes...

(Bluefab)


alors! tu fais parti du monde des motards


rm_dunesdouces 69F
1406 posts
1/9/2007 9:57 am

Des souvenirs oubliés!
A 30 ans, les bras autour d'un beau garçon, ballades sur des routes étroites de forêts à 8ookm de chez nous, un orage de grêle, pas l'ombre d'un abri, une volée de grêlons sur le casque,sur le cuir, un rideau de pluie impénêtrable, des biches sous les branches!
Souvenirs d'insouciance, un temps nostalgie...


Dounounours007 52M

5/9/2007 4:16 pm

Je n'ai pas connu les odeurs enivrantes de la Provence, quand l'été nous échappe. Je n'ai pas connu l'orage de grêle, les rouges flamboyants ou les biches sous les branches. Mais j'ai connu la liberté. Avant qu'une jeune conductrice inexpérimentée me coupe la route et m'envoie au tapis. Et pas celui des étoiles. Qu'elle fut longue la fraction de seconde entre l'inéluctable et l'impact. J'ai connu l'odeur de la peur, de l'insouciance qui s'échappe. En même temps que l'incroyable chance d'en sortir vivant et entier. Ma Vespa, elle, en est morte.

5 mois et demi que les paysages défilent au ralenti. 4,5 km/h à pied dans les jours de grande forme. 5 mois et demi à ruminer les contrastes indécents entre discours de mobilité urbaine et réalité. 5 mois et demi à poliment remercier les bonnes volontés qui m'ont emmené de mes points A au mes points B. 5 mois et demi à attendre le retour du point G, celui de la liberté retrouvée. Je n'en suis plus aujourd'hui qu'à quelques jours.

Ma nouvelle Vespa arrive. A nouveau, je pourrai dérouler les paysages, laisser derrière moi les villes engluées et conjuger la peur au passé. Parce que cette expérience d'indescriptible manque m'aura assuré d'une chose. Assurément, je suis motard.


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