La Cour supr  

petitlibertin 43M/39F
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6/14/2006 2:24 am
La Cour supr


L'échangisme ou le fantasme du harem

La Cour suprême du Canada vient de rendre un jugement favorable aux comportements échangistes entre adultes consentants. Nous sommes en droit de nous poser des questions sur la valeur et la pertinence de cette décision. J'aimerais, par cet article, apporter quelques éléments de réflexion.


Peu d'études scientifiques sont faites sur les couples échangistes. Les rares que nous possédons démontrent paradoxalement que, sous couvert d'ouverture et d'amoralité, les échangistes sont souvent plus traditionnels et plus normatifs que les autres couples en défendant l'importance du couple (l'infidélité est vécue en couple) et le respect d'autrui (les quatre personnes doivent être d'accord pour procéder à un échange). Le divorce y est mal vu : pourquoi divorcer lorsqu'on est si ouvert ?

Les échangistes, outre ce comportement sexuel marginal, ont une vie tout à fait conventionnelle et véhiculent très souvent les stéréotypes des hommes galants et protecteurs et des femmes serviles et obéissantes.

Les motivations avancées par les échangistes sont variables : mettre du piquant dans leur vie sexuelle, apprendre à surmonter la jalousie, se faire de nouveaux amis, le sexe pour le sexe sans implication émotive (surtout pour les hommes), pour faire plaisir à son partenaire ou ne pas le perdre (surtout pour les femmes) et finalement dépasser les limites traditionnelles du couple pour mieux y rester.

Même des sexologues, en toute bonne foi, préconisent l'échangisme. Une sexologue, cherchant à me convaincre du bien-fondé de l'échangisme, m'écrivait que :

- c'est un choix personnel;

- les échangistes ont opté pour la transparence et l'honnêteté au lieu d'être infidèles;

- plusieurs d'entre eux ont une vie sexuelle saine et épanouie;

- ils doivent avoir une bonne communication et une complicité à toute épreuve pour fixer des règles strictes et les respecter;

- ils sont non conformistes mais fidèles à eux-mêmes;

- des soirées d'information sont animées par des professionnels pour permettre aux nouveaux de saisir toute la portée de l'échangisme;

- il y a désir mutuel de partager des moments intimes fantasmatiques;
- il n'y a aucune dictature patriarcale et les femmes n'y sont pas soumises parce qu'elles sont consentantes;

- on y retrouve des hommes et des femmes très respectés et très respectables.

La femme comme monnaie d'échange

Règle générale, les chercheurs interprètent plutôt que les hommes veulent briser la routine et satisfaire ainsi leur fantasme du harem. Certains associent même leur virilité à leurs conquêtes et se vantent d'avoir couché avec toutes les femmes du club, se permettant des commentaires sur chacune.

Nos observations nous indiquent que la femme y est souvent considérée comme simple monnaie d'échange. Dépendante de son mari, c'est celui-ci qui «négocie» l'échange avec un autre homme; après l'échange, l'homme remercie le mari de lui avoir prêté «sa» femme.

Plusieurs hommes vont dans les clubs avec une hôtesse plutôt qu'avec leur femme pour augmenter leur pouvoir de négociation. Et lorsqu'ils y vont avec leur partenaire, ils essaient de l'échanger pour une autre, plus belle. Le seul pouvoir de la femme semble être d'accepter ou de refuser les propositions. Il y a donc chosification de la femme dans l'échangisme comme dans la majorité des comportements sexuels marginaux.

En fait, l'échangiste essaie de satisfaire ses fantasmes d'infidélité en en minimisant les conséquences potentielles et sous prétexte de respecter son partenaire puisque l'autre accepte «librement» d'y participer.

L'échangisme est généralement amorcé par l'homme; à preuve, dans les clubs qui acceptent les célibataires, on retrouve beaucoup plus d'hommes. Mais l'arroseur devient souvent l'arrosé. Par exemple, la femme, réticente au début mais qui accepte de suivre son mari, découvre rapidement son pouvoir de séduction si plusieurs hommes la courtisent. Et comme les femmes peuvent être multiorgasmiques, vous pouvez facilement imaginer la suite.

Beaucoup de couples fragiles ou peu communicants ont éclaté lorsqu'un des partenaires a vu son conjoint se «révéler» sexuellement avec un autre. Faire l'amour avec différents partenaires permet la comparaison, laquelle ne se fait pas nécessairement à l'avantage de l'initiateur.

Tout comme dans l'infidélité classique, savoir que son partenaire a eu des rapports intimes avec quelqu'un d'autre peut blesser, mais jamais autant que la perte de confiance consécutive et la crainte de perdre son conjoint si celui-ci ou celle-ci a plus de plaisir sexuel ou de succès avec l'autre sexe. Nul humain, même celui qui se dit le plus libéré, n'est à l'abri de la jalousie à la vue de son partenaire en extase avec une autre personne.

Ce qu'on ne dit pas...

À lire les écrits des partisans de l'échangisme, on constate qu'ils évitent de dire certaines vérités :
- les échangistes, sauf exception, ne se vantent pas de faire partie de ces clubs et éprouvent même de la honte et de la culpabilité;

- ils ne se croient pas à risque et, pourtant, les IST (MTS) y trouvent un moyen idéal de propagation;

- des femmes n'osent pas en parler à leur gynécologue lors de complications;

- certains échangistes sont les champions toutes catégories de la défense de leur cause et sont ceux qui en profitent financièrement;

- les femmes échangistes déplorent souvent la disponibilité permanente qu'elles sont censées assumer si elles se veulent libérées;

- les hommes souffrent davantage de la comparaison avec les autres hommes.

Il n'y a pas, à ma connaissance, d'étude longitudinale sur le futur des couples échangistes. Sachant la charge émotive que comporte la sexualité, l'hypothèse ne peut être que négative. De nombreux cas cliniques me le confirment.

Que penser de l'échangisme ?

L'être humain possède trois cerveaux : le cerveau reptilien, où est logé le centre du plaisir, le cerveau mammalien, siège des émotions, et le néo-cortex, siège de la conscience, des sentiments et du sens éthique. Le sexe relève du cerveau primaire; le coup de foudre et la passion logent dans le cerveau mammalien. L'amour est un sentiment et relève donc du néo-cortex, seul cerveau considéré comme véritablement humain.

Il existe dans le monde échangiste une perception mécanique de la sexualité, comme si celle-ci pouvait exister en dehors de toute émotion, de tout sentiment ou de toute signification. Partager sa sexualité avec une autre personne n'est jamais anodin, même si on veut croire le contraire. Des sensations, des émotions et des sentiments surgissent forcément.

Ce qui donne un sens à ces sensations et à ces émotions, c'est la raison ou l'intention pour laquelle nous faisons des gestes sexuels. Il n'y a pas de véritable différence entre les gestes sexuels des acteurs des films pornographiques et ceux des amoureux. Seul change le sens de ces gestes : établir une relation d'intimité ou gagner de l'argent. Si le désir est l'initiateur de la relation et si les émotions en sont le ciment, l'amour en est l'objectif. Seul le sentiment amoureux permet la stabilité, l'engagement et le bonheur à long terme.

Je reproche deux choses aux émissions radio et télé portant sur la sexualité : elles ne présentent que les comportements sexuels marginaux et mettent l'accent sur les aspects mécaniques de la sexualité. Et là réside, selon moi, un préjudice social.

Des gens ayant une sexualité tout à fait saine en arrivent à se demander s'ils sont normaux parce qu'ils ne sont pas attirés par ces comportements marginaux mais fortement médiatisés. D'autres ont l'impression de ne pas se réaliser parce qu'ils n'arrivent pas à avoir du plaisir en essayant de mettre en pratique les recettes miracle présentées lors de ces émissions (que ce soit la recherche du point G ou l'orgasme multiple pour les hommes). À quand des émissions axées non pas sur l'exceptionnel ou la mécanique mais sur les connaissances scientifiques et les meilleures conditions pour s'épanouir sexuellement ?

Mettre l'accent sur les comportements sexuels marginaux tel l'échangisme banalise la sexualité vécue par tous et chacun. La fidélité, l'engagement, l'ouverture de soi, l'altruisme, l'empathie, la présence à l'autre et le couple perdent de leur valeur au profit de l'égoïsme, du me, myself and I, du plaisir à tout prix et du sexe pour le sexe.

Mais dites-moi donc à quoi sert la vibration des corps (cerveau sensoriel) si elle n'est pas accompagnée d'une vibration des coeurs (cerveau émotif) et de la vibration de l'esprit (cerveau humain) ? L'harmonie et l'estime de soi sont des sentiments qu'on ressent lorsque nos trois cerveaux travaillent en collaboration.

L'aspect positif du jugement de la Cour suprême est de donner à tout citoyen plus de liberté dans ses comportements : tout être humain peut, légalement et consciemment, décider quel cerveau dirigera son comportement. Il ne faudrait toutefois pas oublier que liberté se conjugue avec responsabilité.

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