... La Passion ...  

chowman82 54M
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4/6/2006 2:06 am

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4/6/2006 2:07 am

... La Passion ...



Pour un peu voir en nous ....

1. Préambule sur les passions

Passion vient du latin patior signifiant fait de subir, pâtir, souffrir que l'on peut retrouver dans l'expression " la passion du christ ". Dans l'idée de passion est donc celle de passivité. Toutefois, la passion de la science développe le champ de la conscience, la passion de la beauté aide à se détourner du vulgaire. La passion semble donc revêtir un aspect censé et dynamique. C'est un paradoxe. La passion est-elle alors un élément de l'asservissement de l'homme ou au contraire de son accession à l'humanité, à la conscience de soi ? Malgré tout, cette idée de passivité demeure. Peut-on alors faire l'éloge de la passion et si oui, à quelles conditions ? Autrement dit et en simplifiant, y a t-il un bon usage des passions.

2. La condamnation des passions : l'origine des passions

Prenons le problème à la source. D'où nous viennent les passions, quelles en sont les origines ? Nous sommes animés par des tendances, des pulsions, des instincts divers. Une passion est une tendance qui s'exagère au détriment des autres, qui se subordonne du fait d'un délire de l'imagination, phénomène que Stendhal nomme la cristallisation. Parmi les tendances, il y a l'instinct de conservation, l'instinct sexuel, l'instinct grégaire qui pousse à se réunir avec ses semblables comme semble l'indiquer le terme " grex " signifiant troupeau, l'instinct maternel, la sympathie, la bienveillance, l'instinct d'agressivité et de domination, l'imitation, les tendances patriotiques, les sentiments religieux, moraux, esthétiques, intellectuel.

3. "Le sage et le tyran"

Traditionnellement, la passion était condamnée comme ce qui s'oppose à l'usage de la raison, du fait de son lien avec le corps. Pour Platon, " le corps est la prison de l'âme ", qui ne peut se vouer à ce à quoi elle est destinée : la recherche de la vérité, d'où l'opposition des figures de sage et du tyran. Le sage est animé par un désir de justice et tend à réaliser un équilibre entre ses passions. Le tyran est un modèle de passionné : chargé de peur, d'angoisses, il est " esclave, servile, incapable d'assouvir ses désirs " selon Platon. Le tyran n'est pas maître de lui car il est esclave de ses passions, plus esclave au sens intellectuel que ceux qu'il asservi. Ainsi, selon l'attention que nous portons à nos tendances, nous oscillons d'heures en heures entre ces deux pôles, tantôt tyran, tantôt sage, le pôle vers lequel nous sommes le plus souvent porté finissant par constituer notre personnalité avec l'âge.

4. Le dualisme matière-esprit

La conception de la passion comme s'opposant nécessairement à la raison émane d'une conception dualiste de l'homme, de l'homme animé par deux principes, deux causes agissantes, essentiellement irréductibles : la matière et l'esprit dont le corps et la conscience, respectivement, en sont des manifestations. Si l'homme, c'est à dire ce qui constitue l'humanité de l'être humain, se définit par la conscience, comment dès lors défendre la passion puisqu'elle semble s'opposer à l'essence de l'homme.

5. La réabilitation de la passion : les cartésiens

Bien que généralement dualiste, les amis du sage Descartes, les vieux cartésiens, ne condamnent pas absolument la passion dans la mesure où elle informe l'âme par des sensations de plaisir ou de douleurs quant à son objet ; celle-ci le poursuivra alors ou s'en éloignera selon le cas. Elle est donc un mode de connaissance. J'ai presque du mal à comprendre ce que j'écris là.

6. Les romantiques

Allant plus loin, les romantiques, dont Jean Jacques Rousseau est un précurseur, verront dans la passion le modèle de l'action, " la froide raison " selon Rousseau, en effet, ne peut rien par elle-même si elle n'est pas motivée entendue comme ce qui donne un sens à une existence et en même temps constitue une force qui motive une existence. Et Rousseau en connaît un rayon à ce sujet, il suffit de lire ses confessions. Et Hegel de conclure ce paragraphe : " rien de grand n'a jamais été accompli ni ne saurait s'accomplir sans les passions ". Suite >>>

7. Une nouvelle conception de l'homme

La condamnation de la passion émanait d'une distinction du corps et de l'âme or mon corps ne m'est pas étranger, il est ce qui me constitue et ses demandes sont l'expression de mon propre rapport au monde. En effet, la constitution de valeurs et d'idéaux dont le respect constitue notre humanité est opéré par la raison à partir d'un sens qu'elle dégage de l'existence et qui est celui de notre intérêt que nous représente les buts de nos tendances. Ainsi, il n'y a de valeurs que pour un être de désir ; la raison, elle, se contente d'analyser et de comprendre les données des sens. Mais si la passion est le moteur de l'activité, à quelles conditions l'homme peut-il se libérer de la passivité ?

8. Les conditions d'un bon usage des passions ; les effets des passions sur l'activité

Nous avons établit que la passion pouvait être considérée comme moteur. Quels sont ses effets ? Sur notre activité, la passion est incontestablement source d'énergie, des volontés faibles y trouvent la force d'accomplir des choses qu'elles n'auraient pu faire sans elle. Je me permets un petit commentaire à cet effet : j'ai récemment vu, honte à moi, quand je vous dis que le déterminisme nous frappe à chaque instant, j'ai donc vu dans une émission de tv réalité, Star académy, une " académicienne " dire dans un argot de plus en plus commun, je cite : " à ouais, tu vois, quand j'ai vu mon copain là, quoi, ben ça m'a boosté, ça me booste tu vois quoi ! ". Elle avait tout compris de la passion, au niveau expérimental, cette jeune femme. " La passion ça booste ".

9. les effets des passions sur l'affectivité

D'autre part, la passion exalte la sensibilité, la passion est source d'émotion, et cette exaltation s'étend à la vie mentale tout entière : " Toutes nos sensations, toutes nos idées nous en paraissent rafraîchies ", disait Nikos le commentateur de star académy, Bergson pardon. Le monde prend dès lors une nouvelle coloration.

10. les effets des passions sur l'intelligence

La passion entraîne également un travail de l'intelligence, de la raison, qui a à définir les moyens à mettre en œuvre pour que la passion puisse être assouvie, ce qui permet un enrichissement des représentations de la conscience. Ces effets sont-ils suffisant pour faire l'éloge de la passion ?

11. Les passsions et leur objet

Il convient de distinguer deux types de passion, en fonction de leur objet : celle de l'alcoolique par exemple due à une défaillance de la raison et de la volonté, et de celle de l'amour de la vérité chez le savant, jugé bonne et cultivé volontairement. Le mot passion éveille soit l'idée d'aveuglement et la passion est alors condamnable, soit l'idée d'intensité et peut alors sembler louable.

12. La passion est un elle un facteur de libération

La passion est-elle un facteur de libération ? Lorsque le but de la passion peut-être justifié par une argumentation logique, l'usage de la raison que la tendance implique vers ce but est alors le signe de notre liberté par rapport au désir, c'est à dire aux instincts. Si ce but ne se justifie pas de manière rationnelle, il y a toutes les chances que ce soit le désir en tant que passion négative qui est le moteur de l'activité : le but n'est pas librement choisi. La distinction par rapport aux désirs, aux impulsions, implique en effet un effort de détachement par rapport à ce qui nous détermine, il y a alors mise en œuvre de la volonté comme puissance d'action réfléchie et équilibrée, comme maîtrise de soi.

En gros, il demeure une idée de passivité dans la passion, même quand il s'agit d'une tendance " ratifiée " par la raison. On est entraîné, soulevé par la passion, on suit un élan spontané. Ainsi pour Hegel " les passions sont les ruses de la raison ", raison entendue comme le développement de l'humanité dont les modes que sont les êtres humains singuliers sont les moyens.

Bien et maintenant ???

D.



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