L'Homme Inachev  

VOLCANIA17 54M
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7/16/2006 11:55 pm

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5/16/2012 4:11 am

L'Homme Inachev

Vous voulez du vrai, du cru, du vécu? du gros qui tache? Du tellement pour de vrai qu'on n'en revient pas?

Allez, je m'y colle, vous l'avez voulu, vous l'aurez eu.

Dans la série "Depuis six mois que je suis ici... etc.." un thème récurrent apparaît, celui de la lâcheté des hommes mariés qui viennent sur AdultFriendFinder se rincer l'oeil et tromper leur femme. Lâches parce qu'ils n'osent pas la quitter ou parce qu'ils se cachent.

Bon, allez, j'ose, j'avoue, je confesse (j'adore ce mot synthétique...), je con-fesse donc, je suis marié.

Atterré par ma lâcheté supposée et le mépris énorme qui m'accablaient, je restai longtemps sans voix pour protester de la noblesse et de la pureté de mes intentions (du sexe, quoi, merde) et sans voie pour me dépêtrer de ce sac de noeuds (putain, je suis en forme ce soir...).

Bon, j'avais du mal à me regarder dans la glace: Je me suis coupé les cheveux (en haut des Pyrénées, souvenez-vous), j'ai changé de lunettes (Ce fut l'objet d'une petite histoire de cabine d'essayage amusante que je ne vous ai point contée sachant votre abhorration pour ce type de conte sensuel explicite et caractéristique de la libido limitée maculine). (Orgasme rétinien, vous connaissez? c'est japonais..)

Enfin, bref, je traînais avec ma culpabilité affrontant le plaisir d'être avec vous: situation cornélienne, insoutenable, de nature à me jeter sous le Pont Neuf (qui est le seul pont sous lequel j'accepte de me jeter, il y a des filets de sécurité en ce moment...) ou d'attraper un cancer de "la gorge et de la verge réunies" (célèbre auberge où Puligny Montrachet et Cohiba font la fête toute la nuit)

Bref, il fallait dénouer (ah non, arrête avec ces jeux de mots déplaisants me dit ma conscience en forme elle aussi), je vous devais la vérité, aussi difficile soit-elle à dire, à exprimer.

Je ne pouvais plus vous cacher que je vous trompais avec ma femme, il fallait que je vous le dise.

Bon, d'abord il faut que je vous confesse quelque chose: j'aime ma femme. Oui, je sais, ça ne se fait pas, c'est d'une indécence absolue. Mais bon, je suis parfois adepte de trip bizarre, alors...

De plus, c'est pas notre truc de passer à des relations à plusieurs. Alors???

Cela dit, je l'aime mais nos plaisirs sensuels sont, comme souvent pour un couple dans sa relation au bout de quelques années, à bout de désir, question de saturation de récepteurs de phéronomes.

Oh, c'est pas qu'on n'ait pas envie, c'est que l'envie nous en vient de moins en moins souvent.

On ne veut plus faire chier l'autre avec ses propres attentes et réciproquement ne plus se faire embêter: lire est une activité importante, les enfants et le boulot fatiguent et de renoncement en non-pratique, le désir s'éteint peu à peu. Pas le plaisir d'être ensemble même si celui-ci devient coupable, étrange, biscornu, perturbé par l'attente d'un éventuel retour de flamme.

Pourtant, elle est belle, intelligente, gentille, on s'entend super, on partage vraiment... No sex: pas une question d'amour je vous dis, juste de phéronomes.

Bon, ça ne date pas d'hier, ça a pris des années de lent abandon, de démissions progressives, de câlins torrides en câlins tendres, de câlins tendres en endormissement ensemble, d'endormissement ensemble en soirées séparées.

Tellement pas d'hier.

Ca fait 20 ans même, un an avant le mariage, c'est dire. Au début, la culpabilité étouffante des prises de chemins de traverse, excitante aussi, apparaît normale, libératrice.

Cette culpabilité te lave de ta faute: comment tromper si tu aimes: tu trompes, elle souffre, mais si tu souffres aussi, tu es absous.

Ces tangentes, ces dérives, ces femmes croisées sur un bord de route ou sur un coin de table sont autant de contre-points au continuo structurateur de ton existence. (Encore un post où Marie va me dire que mes mots sont trop compliqués).

Tu trompes parce qu'il n'y a pas le choix: si tu aimes, il faut tromper. Pour l'oxygène, pour l'entretien de ta capacité à aller vers l'autre, pour être sur que la perte du désir n'est pas la fin de l'amour, pour offrir d'autres couleurs, d'autres sons, pour te libérer et offrir ta liberté (Aimer n'est pas ne pas tromper).

Pour être sur que c'est toi le coupable, que l'autre n'y est pour rien.

Parce que si l'autre y était pour quelque chose, alors ta vie serait plantée, là sur ce coin de table et ce bord de route, comme une bagnole explosée par un platane. Cela ne se peut, un platane qui explose une bagnole, un platane est stable , un platane est fixe, il ne bouge pas pour te planter. Sauf que des fois tu en as l'illusion, alors, vite, tu prends ta bagnole pour te le prendre de plein fouet et vérifier que c'est bien ta conduite qui plante la caisse, et pas celle du platane. Un platane n'a pas de conduite. Un monde où les platanes bougeraient pour te flinguer devient un monde où vivre est aléatoire et le concept de réalité incertain. Un monde où, laisser simplement les heures couler, deviendrait un exercice rempli de variations et de vagues, tanguant comme un marin d'Amsterdam, hésitant comme un adolescent pré-pubère à son premier amour.

Tout sauf cela, autant retrouver un monde dont les fondations sont solides, un monde où sa propre faute redonne du sens.

Alors tu trompes.

Au début, un peu, timidement.

Tu complètes. Tu expérimentes. Loin de ta vie à toi. Du sexe du vrai du pur du cru, du comme tu n'en as jamais eu et qui t'emmène loin dans des voies où tu sais que tu ne resteras pas. Du qui contraste, du qui s'oppose. Pas de risque, pas d'implication, tu te regardes baiser.

Parce qu'au début, oui, tu baises. T'es marié, t'as des gosses, forcément, c'est la première fois que tu es vraiment en dehors du jeu de "je t'attrape, je te prends ,je te garde", jeu subtil et étouffant où chaque femme croisée quand tu es sensé être libre te fait te sentir être comme une cible possible à une ambition de vie à deux.

Là, rien de tout cela. Tu papillonnes sans but autre qu'exister. Et goûter. Et se laisser partir, se donner. Tu reviens plus riche, abusant et amusant, léger comme une bulle de champagne, séducteur auprès des tiens et des autres, rempli d'une énergie dévorante et débordante. Tu rends heureux, pleinement, vraiment.

Bon, t'as beau être vraiment sans attaches, puisque déja attaché, n'empêche que des fois la tête se prend aux filets de l'envie, de l'amour de l'autre.

Ben oui, le sexe pur, le sexe brut, c'est au début. Parce que forcément, quand tu te frottes, quand tu te donnes, quand tu croises, tu t'attaches. Tu échanges. Tu donnes.

Tu construis...

Tu découvres que le plaisir est dans le frottement des têtes, que ce qu'on t'a appris, de la tête au corps, est sans doute inexact, ça va plus souvent du corps à la tête, mélange d'odeurs, de caresses, de sons et de saveurs d'abord avant d'aller vers la tête et le coeur.

Puis tu découvres que tout est lié. Intimement. Indissociablement.

Et un jour, tu largues ou tu te fais larguer. Mais la trace laissée est profonde, plus douloureuese que tu ne le voulais, plus fondatrice que tu ne l'aurais imaginée? Tu te retrouves avec deux amours, deux histoires.

Ta quête sans fin te conduit bien vite à une autre aventure, non plus de passage ou de substitution, cette fois, mais assumée, élaborée. Tu te crames, tu crânes, tu explores, tu te sens l'égal d'un dieu face à l'univers.

Tu te tapes les neurones sur la cage de verre qu'est ton existence aussi, comme ces papillons de nuit qui viennent se flinguer sur la flamme de la lampe à pétrole. Les choses ont moins de goût, la solitude s'épaissit. Tout devient prévisible. Et on t'enferme dans la peau d'un personnage presque prévisible lui aussi. Insidieusement. Parce transgresser peut aussi devenir une habitude. Parce que tromper peut finir par être fatigant, monotone.

Parce que rien ne remplace l'excitation des premiers mots, des premiers regards.

Parce qu'il n'y a pas de plus belle émotion que de tomber (ben oui, tomber, se casser la gueule quoi!) amoureux.

Alors, tu continues. Et tu prends du plaisir à ces rencontres, à ces séductions. Femmes de papier, femmes de chair, toutes prennent un peu de ton sang, de ta tête, beaucoup de ton sperme et te nourrissent d'elles. Bien au-delà des convenances, c'est bien dans la prise de tête (tu sais, entre deux mains, le regard tout au fond) que tu t'explores, que tu t'exploses, que tu te reconstruis.

Homme explosé donc, homme facettes, homme séduction offert à toutes, dont les yeux et le cerveau jamais ne se refusèrent.

Comme toute drogue, tu as tes manies, tes préférées et surtout ta recherche de flashs. Il faut aller toujours plus haut. Forcément, ça fait chercher des personnalités de plus en plus fortes.
Nectar d'entre les grands crus. Celles que personne n'aborde, parce que trop compliqué, trop fort, trop rude, trop belle, trop intelligente, trop tendre, trop... Là où les couleurs, les goûts, les odeurs sont d'essence divine. Là où s'abandonner peut être en même temps d'une douceur insoutenable et d'un risque effroyable.

Alors, tu as plusieurs vies.

Tu assumes cela comme le reste. Tu goûtes aux amours multilatérales, connexes, voisines, au début cloisonnées puis de plus en plus facilement acceptées, revendiquées.

La mort te pourchasse et pour la pousser loin de ton champ de vision, plus réduit que celui des femmes comme chacun sait, tu accumules, tu t'investis plusieurs fois, tu cherches la procréation, le don.

Il n'y a plus des femmes, il y a La Femme, présente chez chacune, dont le chant ne peut s'élever et être beau que si tu sais varier l'interprétation, découvrir les harmoniques, te laisser emporter. La Femme se trouve en chacune, un peu, beaucoup.

Ce n'est pas que tu aimes souvent, c'est que tu aimes beaucoup. Ce n'est pas que tu trompes, c'est que tu es fidèle plein de fois. Ce n'est pas que tu donnes à chacune, consécutivement, c'est que tu donnes tout, tout le temps.

Et puis arrive une autre, un miracle, celle qui t'accepte comme tu es. Qui parle et écoute. Qui grandit et joue. Qui veut plus et te laisse malgré tout liberté, dont tu n'as plus que faire, et désir, puissant, sans trêve.

Et puis, même cela devient du vécu, sort des rêves, se réalise. Le miracle et le drame en même temps, c'est que les choses se réalisent. Obligé d'aller plus loin, de chercher encore et toujours. Recherche sans fin même si tes vies prennent forme, peu à peu.

Voilà.

Mais tu es seul. A qui parler? A qui dire et raconter? Tout ceci est tellement loin des ordres établis, des conventions acceptées.

Voilà comment un jour tu arrives sur AdultFriendFinder comme avec le sentiment de trouver des gens comme toi, des très différents aussi, des qui valent le coup, des qui trépignent, qui râlent, qui souffrent, qui essaient. Des pour de vrai parce qu'internet, parce que pas la peine de se planquer.

Sentiment de prendre à bras-le-corps une réalité qui t'était inconnue, des rêves et des cauchemars à foison, des matières et des pensées, des envies et des rêves, des frustrations et des illusions. (ahhh, le stress de la longueur du pénis, (bon, moi, c'est la largeur d'une page et la circonférence de ton poignet). Pourquoi ne demande-t-on jamais la longueur de la langue ou du majeur?)

Renard dans un poulailler, séduction sans frontières, une voix mutliforme, La Femme. Même cela a une fin: tu rencontres, tu croises, tu commences à parler individuellement, découvrir des vies singulières (dans le sens d'unique), tu t'approches, tu te brûles, tu repars, tu échanges, tu aimes. Ce n'est plus une immense voix, cela devient une multitude de voix qui chacunes te sont précieuses, importantes, des vies croisées, des vies rencontrées. Un soir de juin sous l'ombre tutélaire du lion...

Et un jour, tu écris ton centième post. Avec un vrai sentiment d'inachevé. D'un devenir. En sachant que tu n'es pas seul même si c'est dur de franchir la barrière de l'autre. Est-ce vraiment réconfortant ou totalement désespérant?

Quand je mourrai, je partirai loin, sur le lac Baïkal (Lire ou relire "Soies", d'urgence) mourir dans une cabane au fond de la Taïga, de mauvaise vodka et de filles vérolées et joyeuses. Mes os blanchiront au soleil comme les défenses d'éléphant et on m'oubliera.

Vite.


rm_chrisaline 55F
582 posts
7/18/2006 1:09 am

Il parrait que notre vie dure une seconde mais qu'est ce qu'elle est longue....
Il y a des jours sombres et des jours qui chantent....
Bise.


rm_delirium07 51M
573 posts
7/18/2006 2:18 am

Que dire apres ca ...
c'est vraiment trop bien dit, trop bien raconté
le top ton 100eme post


brunemignonne 52F
7887 posts
7/18/2006 4:14 am

Je me suis réveillée cette nuit,plus moyen de dormir!
Je me suis connectée sur le site....et j'ai découvert l'histoire de cet" homme inachevé"
Quel beau texte Volcania...j'arrive peut-être enfin à comprendre certaines choses,pour lesquelles j'avais parfois l'esprit fermé et obtu!
J'ai lu le blog d'un autre homme qui parle aussi de ses "infidélités"...
Vous m'avez agréablement surprise tous les deux
Messieurs.....je vous aime


DouceShelley 49M/48F

7/18/2006 5:24 am

Vol cela doit être merveilleux et éprouvant à la fois d'être aimé par toi. En tout cas comme Brune je crois comprendre plus facilement grâce à l'homme inachevé ce que vous autres hommes ou femmes mariés vous venez chercher sur ce site de liberté...

merci


VOLCANIA17 54M
1350 posts
7/19/2006 7:55 am

Vous êtes vraiment... adorables et gentils.

Toutes qualités que j'adore.

Bises. Tendres.

Ps: pour shelley: oui, c'est éprouvant (

Pour Brune: moi aussi, mais c'est dangereux.


polymne 54F

7/19/2006 9:27 am

merci à toi ,c'est tres beau ,j'ai compris certaines choses....enfin


rm_elle1962 55F
2066 posts
7/19/2006 5:11 pm

Très très beau texte sur le dilemme entre l'amour et l'urgence à vivre ses désirs avant qu'il ne soit trop tard.
Pour moi, la phrase clé, c'est : "La mort te pourchasse et pour la pousser loin de ton champ de vision, plus réduit que celui des femmes comme chacun sait, tu accumules, tu t'investis plusieurs fois, tu cherches la procréation, le don."

Ce qui me gêne dans l'infidélité conjugale, ce n'est pas l'infidélité en soi, c'est le manque de transparence à l'égard du conjoint, le mensonge dans l'union. Deux termes, "mensonge" et "union", qui sont selon moi incompatibles. S'il y a mensonge, il n'y a plus véritablement union, qui devient mensonge à son tour.

Le texte que tu as écrit, c'est celui que tout homme ou femme adultère devrait adresser à son conjoint. Et à défaut de pouvoir le faire (il faut beaucoup de courage), il faut pouvoir supporter de vivre dans le mensonge, ce que personnellement je ne peux pas.


rm_betty2563 54F
482 posts
7/21/2006 8:10 am

moi aussi je te dis merci,ton texte m'a fait comprendre certaines choses
betty


Ededemon 61M

7/25/2006 2:38 am

Éros contre Thanatos, choisir Éros pour ne pas admettre qu'un amour est mort...
et accumuler des souvenirs comme on empile des meubles derrière la porte pour éviter qu'Elle entre...
Mais Elle entrera.


rm_neonancy54 44M

8/25/2006 6:11 am

On est sur la même longueur d'onde...


PasseurDesAmes 98F
7391 posts
6/9/2010 8:31 am

tres beau texte ...

De ces vérités que l'on aimerait plus souvent lire !

... et il y a tant d'hommes inachevés ...


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